Sur une idée (excellente je trouve) de Drumhand, je vous propose un petit topo + un point sur le choix dont disposent actuellement les fous de la ride jazz qui se situerait quelque part entre celle de Tony Williams, celles de Bill Stewart, les belles créations du regretté Johan....
Il va de soi que ma subjectivité n'engage que moi et j'espère bien que vous enrichirez le topic de la votre!
1- La légende des K Zildjian
Pour les snobs jazzeux dont je suis un peu, la pierre philosophale serait une vieille K Zildjian.
Vieille, c'est à dire d'avant 1979, date à laquelle ces cymbales ont cessé d'être produites à l'usine d'Istanbul par des mains turques.
Je dois avouer que je n'en ai pas essayé moi même, et si j'en crois ce que je vois et lis, ces cymbales, à l'époque de Tony, Art et Elvin, étaient de nature irrégulière : parfois exceptionnelles, parfois pas bonnes du tout, et les poids, courbures, et caractéristiques variaient en permanence. Seule solution : le "hand picking", le choix à l'usine Gretsch (importateur exclusif des K turques) qu'opéraient les grands batteurs jazz, aidés en cela par Duke Kramer qui était chargé des liens avec les artistes.
Acheter aujourd'hui un cymbale de cette époque est pour le moins compliqué : l'offre d'occasion est plus que restreinte, et les cymbales ratées de l'époque ne se sont pas bonifiées. Celles qui traversent le temps restent donc peu nombreuses et se négocient à prix d'or, plus de mille dollars à ce que j'ai vu.
Je passe
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- A partir de 1980, les K Zildjian sont produites aux USA, dans la même usine que les Avedis. Ce ne sont plus les mêmes cymbales. Je n'ai pas dit qu'elles sont mauvaises, attention! Mais ce sont des cymbales plus lourdes, la production se mécanisera de plus en plus. Celles que j'ai (1990) n'ont pas vu de marteau autre que pneumatique.
Une ride K post 80 comme la mienne peut être un bon choix si l'on ne joue pas en trop petite formation et si l'on n'aime pas les cymbales trop sauvages ou graves. C'est un bon compromis. Mais ça ne sonne absolument pas comme Tony Williams avec Miles en 1964.... Ca sonne comme Tony avec le Tony Williams Quintet de 1990.
- Les K Constantinople : les cymbales les plus chères du marché je crois, mis à part celles des artisans comme Spizzichino.
Même si certains font la fine bouche, j'avoue que c'est fréquemment celles qui me plaisent le plus. Moi qui regarde souvent les "thin" et "medium thin" de 22", j'ai essayé une 20" medium de rêve que je verrais bien sur mon set, à côté d'une medium thin low de 22"....
J'aimerais essayer le Charley, c'est le plus léger de tous les Zildjian, ce qui a tendance à me plaire...
2- Qu'en est-il des Avedis.
Si, comme les K d'après 1980, les Avedis actuelles sont de très bonnes cymbales actuelles, qu'en est-il des vieilles?
Pour ma part, un des meilleurs charley que j'ai joué (p.... comment j'ai pu louper l'affaire) était un avedis assez ancien mais pas vintage, à l'école de batterie.
Et un batteur de jazz de ma région (marseille) apprécie et recherche les Avedis des années 50 à 70. J'ai vu avec lui des cymbales exceptionnelles, fines et souples, sèches mais riches, très très proches du son de Bill Stewart.
3- Le labyrinthe turc
Pour beaucoup, et j'en suis, le graal est peut être quelque part en Turquie.
A l'origine, si vous avez suivi, il y a la fermeture de l'usine Zildjian à Istanbul en 1979. Mikhaïl Zilçan, le patron étaiut assisté de deux contremaîtres: Agop Tomurcuk et Mehmet Tamdeger.
Agop et Mehmet décident donc de continuer leur métier en créant une nouvelle entreprise du nom de Istanbul.
Pendant des années, de très bonnes cymbales vont sortir des ateliers turcs d'Istanbul, fabriquées de façon plutôt artisanale, fonderie des métaux sur place dans des creusets, mise en forme et tension du métal par martelage à la main exclusivement.
En 1996, Agop meurt. Mehmet et les fils d'Agop ne parviennent pas à s'entendre et la marque est scindée, les prénoms Agop ou Mehmet s'ajoutent au nom Istanbul que chacun peut continuer à utiliser.
Cette époque coïncide avec la création de plusieurs fabriques de cymbales, par des neveux ou même des ouvriers : Turkish, entre autres, et puis plus récemment Grandmaster, Bosphorus.
Je passerai vite sur Turkish, qui selon moi est un peu en dessous des autres en qualité, pour m'intéresser aux deux Istanbul et à Bosphorus.
- Istanbul Mehmet me semble dans le droit fil d'Istanbul avant la division. De super cymbales de qualité supérieure, avec quand même des différences d'un modèle à l'autre.
- Istanbul Agop, qualité idem aux Mehmet, mais quelques originalités dans les séries, et SURTOUT, pour les jazzeux, une série "signature Agop" qui propose des cymbales parfois très très fines, toujours très souples, graves, qui explosent en crash et se ferment vite. Bref, des vraies "Nefertiti".
Chez ces deux marques, on trouve des séries spéciales tantôt "Mel Lewis", "Legend", "Nostalgia", "T.W." qui se copient l'une l'autre pour aller vers le son des enregistrements des 50s et 60s, et permettent de trouver de gros bonheurs également.
- Bosphorus est une marque récente, qui bénéficie de ramifications fortes aux USA. Des endorsés américains célèbres (Jeff Hamilton, Stanton Moore) apportent leur crédit à la marque et développent des modèles signature (les modèles Jeff Hamilton sont super).
La fabrication est me semble-t-il identique à Agop et Mehmet, très manuelle, mais il y a un vrai talent de communication qui fait un peu penser au "Bio" : le manuel c'est mieux, regardez notre machine à tourner de l'époque de la guerre froide, etc.
Les autres font la même chose, essentiellement parce qu'ils ne cherchent pas à investir dans des outils de production neufs ou dans des dispositifs de sécurité.
J'ai la sensation que les Bosphorus ont un contrôle qualité un peu plus serré, et la marque maîtrise ses canaux de distribution, pas comme Mehmet qui laisse Doppler mettre son nom sur des cymbales hors circuit de distribution officiel....